Entre vent et montagne.

Chercheuse en Bolivie pour la station de mesure atmosphérique la plus haute du monde.

 

Notre voyage continue en Bolivie et passe naturellement par la ville de La Paz. La ville est impressionnante par sa taille et par son organisation. Elle enjambe littéralement des montagnes, prend d’assaut des falaises et se sont les téléphériques joignant un point à l’autre tels des métros aériens qui permettent le mieux de se rendre compte de sa vertigineuse géographie. Et comme il fallait bien un superlatif pour une cité aussi étrange, c’est la ville avec le plus haut siège du gouvernement du monde (notez que je ne dis pas capitale).

 

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Prenons encore plus de hauteur

Mais ce qui va nous intéresser dans cet article se trouve à quelques kilomètres de La Paz. Il s’agit de l’observatoire de Chacaltaya, situé à 5240 mètres d’altitude sur le mont du même nom. La station de mesure atmosphérique la plus haute du monde s’y trouve. : la Station Chacaltaya GAW. La bas est continuellement mesurée  la température de l’air, les concentrations de gaz ainsi que les propriétés physiques et chimiques des aérosols. Le but de la station est de fournir des données pour aider à la compréhension des interactions entre l’atmosphère, les océans et la biosphère. Dans ce lieu, les dangers du réchauffement climatique sautent aux yeux. En effet le glacier encore présent au début des années 1990 a disparu beaucoup plus rapidement que ce qu’avaient prévu les scientifiques. J’ai imaginé cette époque récente où la montagne était couverte d’un glacier vieux de 18000 ans tout en la voyant maintenant si aride. Cela a suffi à me donner une idée de ce que nous verrons malheureusement bientôt dans de nombreux autres endroits sur terre.

Je fus extrêmement heureux lorsque Isabel Moreno Rivadeneira, une scientifique travaillant dans cet environnement magique, pour la station Chacaltaya GAW, a accepté ma demande d’interview. Ce fut une occasion unique pour moi de mieux comprendre la recherche ici et les particularités du travail de chercheurs en Bolivie.

Isabel, vous avez obtenu votre doctorat en sciences de la Terre de l’Université de Grenoble en France avant de venir travailler ici. Pourriez-vous présenter votre thématique de recherche et nous dire comment vous êtes-vous devenu chercheuse dans la station Chacaltaya GAW?

Avant de devenir chercheuse, j’ai travaillé pendant quelques années comme ingénieur procédés dans l’industrie bolivienne et l’agro-industrie. Je m’ennuyais car mon travail d’ingénieur était très routinier  et, plus important encore, j’ai senti que je pouvais utiliser ma créativité pour faire quelque chose de mieux que simplement agir comme une roue (créative) dans le système capitaliste.

Mon premier travail de recherche portait sur la chimie des glaciers dans les Andes. J’ai étudié également  un peu l’Antarctique et le climat. Juste après la fin de mon doctorat un poste c’est ouvert ici. Ce sont mes collègues français m’ont mis en contact avec mes collègues boliviens actuels. J’avais l’intention de rester pour une courte période et maintenant je termine ma 5e année dans ce groupe. Le fait d’avoir eu un poste permanent d’ingénieur de recherche m’a aidé à m’établir et à rester ici. Actuellement, je travaille sur la station Chacaltaya GAW en tant qu’ingénieur de recherche. Ma recherche se concentre sur la composition chimique des aérosols et leurs propriétés physiques, les gaz et un peu sur le climat dans cette région. En outre, je participe actuellement au projet DECADE (Données sur le climat et les climats extrêmes dans les AnDEs centrales) en collaboration avec l’Université de Berne (Suisse) et le service national d’hydrologie et de météorologie du Pérou et de la Bolivie.

(L’objectif principal du projet DECADE est de promouvoir la récupération et le traitement de données sur le climat dans les Andes centrales afin de faciliter la prise de décision et la mise en place de stratégies d’adaptation aux changements climatiques. En d’autres termes, le projet vise à fournir des données analysées et lisibles aux décideurs (commissions gouvernementales par exemples) afin de les aider à faire le bon choix en termes de réglementation, de droit et d’actions pour limiter les effets du réchauffement climatique ou y faire face).

Pourquoi la station Chacaltaya est-elle si importante, quels sont ses objectifs?

La station Chacaltaya GAW est un observatoire des aérosols et des gaz qui fonctionne depuis 2012. Elle vise à fournir des informations sur la composition chimique et les propriétés physiques de la basse atmosphère et plus particulièrement sur les changements naturels et anthropiques que l’on peut observer. Par exemple nous pouvons observer l’effet direct et indirect de la ville jusqu’à 5300 mètres. Nous pouvons également observer le transport régional des aérosols et des gaz, en fonction des conditions météorologiques. Par conséquent, nous pouvons travailler aux niveaux local et régional.

Les données suivent les normes internationales et elles sont diffusées gratuitement dans la communauté scientifique mondiale via le portail GAWSIS. Par conséquent nous espérons qu’elles pourront être utiles à une large communauté de scientifiques.

 

Pour en savoir plus sur Chacaltaya, non seulement sur la recherche qui s’y fait, mais aussi et surtout sur les Boliviens, vous pouvez voir un super film appelé Samuel dans les nuages dont voici la bande-annonce:

 

Comment c’est d’être chercheur en Bolivie?

Il existe plusieurs avantages et inconvénients. Parmi les points positifs, il y a peu de concurrence dans ce domaine super spécifique. Comme le nombre de scientifiques est relativement faible il est facile et généralement fructueux de se créer et d’utiliser un réseau de connaissances à l‘échelle du pays et du continent. Pour la même raison, il n’est pas compliqué de prendre contact les acteurs intervenant dans un domaine précis. En outre, il existe des possibilités inattendues de travailler avec des chercheurs étrangers. Les chercheurs des grandes universités des autres pays cherchent à aller sur le terrain dans des pays comme Bolivie. Ainsi les chercheurs boliviens peuvent développer des collaborations très fructueuses avec eux. Ce sont des situations gagnant-gagnant.

En ce qui concerne les inconvénients, il y a peu de financement public disponible pour la recherche. Il y a énormément de bureaucratie dans les universités.  Cette bureaucratie prend beaucoup de temps ce qui impacte sur le temps consacré au travail de recherche proprement dit.

La société bolivienne est très conservatrice et cela se ressent jusque dans les universités. Les femmes doivent faire face aux attitudes machistes et, en plus de se battre pour la recherche, doivent se battre activement pour leurs droits. Un autre problème qui n’est pas unique à la Bolivie mais plutôt un problème mondial est le fait que les chercheurs ne communiquent pas suffisamment au grand public.

Et pour finir cette interview, quels conseils donneriez-vous aux étudiants et aux chercheurs intéressés dans la carrière que vous suivez?

– Suivez vos rêves sans crainte et visualisez ce que vous vous souhaitez accomplir ainsi que la vie que vous souhaitez mener. Cela vous aidera à garder un cap et à atteindre vos objectifs.

– Je viens d’un pays où les universités n’offrent pas de programmes de spécialité spécifiques. Pour cela la meilleure décision fut d’étudier à l’étranger.

– Arriver dans une équipe compétente ou la créer. Elle doit être au moins de 2-3 personnes mais pas plus de 7. C’est une nécessité pour réussir. En tant que chercheur, je ne conseille pas aux gens de travailler seuls, un réseau professionnel sain rend les choses plus faciles et beaucoup plus amusantes.

Encore un grand merci à Isabel Moreno Rivadeneira.

Si vous êtes spécialisé dans le domaine, vous pouvez trouver ci-dessous quelques références scientifiques en lien avec le travail d’Isabel.

CCN production by new particle formation in the free troposphere. Clémence Rose, Karine Sellegri, Isabel Moreno, Fernando Velarde, Michel Ramonet, Kay Weinhold, Radovan Krejci, Marcos Andrade, Alfred Wiedensohler, Patrick Ginot and Paolo Laj

 

Frequent nucleation events at the high altitude station of Chacaltaya (5240 m a.s.l.), Bolivia. Rose, K. Sellegri, F. Velarde, I. Moreno, M. Ramonet, K. Weinhold, R. Krejci, Patrick Ginot, M. Andrade, A. Wiedensohler ,P.Laj

 

Environmental records from temperate glacier ice on Nevado Coropuna saddle, southern Peru. Herreros, I. Moreno, J.-D. Taupin, P. Ginot, N. Patris, M. De Angelis, M.-P. Ledru, F. Delachaux and U. Schotterer

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