Alcools, voyage en eaux troubles

Tequila au Mexique, Belikin au Belize, Guaro au Costa Rica, Aguardiente en Colombie, Pisco Sour au Pérou, Singani en Bolivie et maintenant que nous sommes arrivés au Brésil, la Caipirinha. Le nom seul de certaines boissons alcoolisées, par son exotisme, fait voyager. J’ai gouté à certaines de ces boissons. Pas toutes, je ne suis pas fan des alcools forts.

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Ces breuvages sont considérés comme part intégrante de la découverte des pays que nous traversons. Parfois plus encore que les plats nationaux. De nombreuses fois j’ai entendu « tu DOIS gouter ça » comme si il était de la plus haute importance d’avoir bu la boisson alcoolisée nationale pour comprendre la culture du pays. Mais contrairement aux plats nationaux, derrière ces alcools, se trouve une gigantesque industrie qui s’active et qui se bat parfois contre la recherche. Fête, détente, vecteur social. C’est ce qu’évoque l’alcool à grand renfort de campagnes marketing.  Le reste ? … « Consommez avec modération » ça ira…

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C’est évident, l’alcool à un impact important sur la santé. Evident ? Pas tant que ça. Je ne citerais qu’un seul des nombreux risques dans cet article : le cancer. Ce lien entre alcool et cancer n’est connu que de 13% des personnes interrogées au Royaume Uni1. Quid des personnes en France ou en Suisse ? J’ai entendu beaucoup de choses, même de la part de ceux qui se pensaient bien informés. « Le cancer c’est juste à cause du sucre dans la boisson », « Un verre par jour diminue les risques » etc… En vérité environ 4% des cancers sont directement causés par l’alcool. Une plus grande prise de conscience de la part du public des risques réels notamment en ce qui concerne le cancer est un danger pour l’industrie de l’alcool. Les publications des scientifiques dans un tel environnement sont souvent mal reçues et immédiatement critiquées. Ainsi face à la recherche cette industrie utilise les mêmes techniques qu’utilisait par le passé l’industrie du tabac. Déni, distorsion et distraction2.

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Les réactions suite à une étude parue le 7 septembre montrant du doigt les stratégies de l’industrie de l’alcool n’ont pas échappées à la règle : « les auteurs sont anti-alcools » « leur étude est sélective » selon le Distilled Spirits Council, une association américaine de commerce des spiritueux.

Voici quelques exemples de déni, distorsion et distractions tirés de cette étude,

 Déni : “Quelques études montrent un lien entre l’alcool et le cancer du sein parmi les femmes avant et après  la ménopause. Toutefois aucune relation de cause à effet n’a été démontrée entre la consommation modérée et le cancer du sein ». Éduc’alcool (Quebec)

Distorsion: « La consommation modérée de vin peu réduire le risque de cancer de l’œsophage, de la thyroïde, du poumon, du rein et les cancers colorectaux ainsi que le cancer des lymphocytes (lymphome non hodgkinien)… concernant le cancer du sein, le vin pourrait avoir un rôle protecteur. » Wine Information Council.  Ca n’est pas parce que je suis français que je dois épargner le vin. Le fait est que le risque de développer d’autres cancers en raison de la consommation d’alcool dépasse de loin l’éventuel effet protecteur.

Et pour finir la distraction: « Tous les grands buveurs ne développent pas un cancer, beaucoup de facteurs de risques sont impliqués dans le développement des cancers comme la génétique, les cancers dans la famille, l’âge, les facteurs environnementaux, le comportement ainsi que les déterminants sociaux. » Australia: Drinkwise

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Cela montre que la recherche à une part parfois difficile de communication à laquelle les  chercheurs sont rarement formés. Cela tourne vite à leur désavantage lorsqu’ils mettent en cause des structures industrielles qui elles ont le savoir-faire et les moyens en terme de communication. Le message originel des chercheurs se perd très vite au milieu d’une foule de messages discordants. Cela décrédibilise leur travail et ne permet pas au public d’être informé correctement. Car finalement consommer ou pas, chacun doit pouvoir faire ce choix en toute connaissance de cause.

Dans certains endroits du monde vous n’aurez pas à vous poser la question si oui ou non vous devriez tester l’alcool typique. C’est le cas dans certaines parties de l’Inde ou de l’Indonésie. Dans beaucoup d’autres pays cela sera votre choix. Mais honnêtement, lors de mes voyages, je n’ai encore pas vécu une situation ou la dégustation d’un alcool m’a permis de découvrir beaucoup plus de choses sur le pays.  Et vous? Testez-vous les alcools locaux?

 

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Mens sana in corpore sano

 

Références:

1 Public awareness of the link between alcohol and cancer in England in 2015: a population-based survey. Penny Buykx, Jessica Li, Lucy Gavens, Lucie Hooper, Melanie Lovatt, Elena Gomes de Matos, Petra Meier and John Holmes. BMC Public Health. 2016; 16: 1194.

2How alcohol industry organisations mislead the public about alcohol and cancer. Mark Petticrew, Nason Maani Hessari, Cécile Knai, Elisabete Weiderpass. Drug and Alcohol review. 2017.

 

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