De l’Inde au Brésil, comment ma perception des bidonvilles a changé.

Quand je pensais aux bidonvilles avant ce voyage, je n’imaginais que ceux faits de tôles et de plastique comme ceux que j’avais pu voir en Inde il y a 2 ans. Et puis je suis allé en Colombie. La bas, grâce au professeur Andres Sanchez Arias,  j’ai pu voir d’autres bidonvilles et apprendre plus de choses sur ce monde que je ne connaissais pas.  Ce fut aussi la découverte d’une autre approche de la recherche dans un domaine à priori très éloigné du mien, celui de l’architecture. Mais la recherche, comme beaucoup d’autres professions c’est aussi faire preuve d’ouverture d’esprit et adapter des méthodes utilisées dans d’autres domaines que le sien pour innover.

Loin de l’idée incomplète que je m’étais fait en Inde ou au travers des reportages TV qui ne montrent que l’extrême des bidonvilles, fait de violence et de pauvreté, les habitations illégales peuvent être aussi faites de matériaux de constructions en dur, avoir l’eau courante, l’électricité et être desservis par les transports communs. Ce sont des lieux chargés des histoires des milliers de personnes qui les habitent. Ils mettent en exergue l’histoire du pays et sont façonnés par les langues, les croyances et les origines des habitants.

 

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De multiples projets sont développés dans ces lieux afin d’améliorer les conditions de vie locales. Le réseau Urbz par exemple participe au développement de projets dans des bidonvilles comme ceux de Bombai en Inde, Johannesburg en Afrique du Sud ou Sao Paulo au Brésil. Les membres de ce réseau multidisciplinaire proviennent de divers domaines comme l’anthropologie, l’architecture, la technologie de l’information ou l’économie. Ce qui m’a particulièrement intéressé, c’est l’approche des experts lors du développement des différents projets. Ils n’imposent pas leurs solutions aux habitants des bidonvilles mais au contraire essaient d’apprendre d’eux. Les locaux sont considérés comme des experts du terrain qu’ils occupent et de la société dans laquelle ils vivent. Cette approche nécessite une certaine humilité, une ouverture d’esprit et l’amour de la connaissance. Elle est particulièrement utile pour la recherche car elle ouvre la voie à d’autres points de vue et d’autres solutions aux problématiques rencontrées.

Bidonvilles au Brésil, entre fantasmes et réalités.

Après les bidonvilles en Colombie, il aurait été dommage pour moi de ne pas regarder les projets menés dans les favelas brésiliennes. J’ai compris que les bidonvilles ne sont pas identiques, ils ont leurs propres caractéristiques, langues, activités et aspirations. C’est une part importante du pays. 3 millions de personnes vivent dans les favelas de Sao Paulo. Le chef d’équipe d’Urbz Brésil, Fernando Botton, m’a fait visiter Paraisópolis, l’une des plus grande favelas de Sao Paulo, et montré quelques projets menés sur place.

 

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Les favelas brésiliennes dans  les médias, c’est surtout des images de violence, d’armes, de drogues. Il ne faut généralement pas chercher bien loin pour voir toutes ces choses. Certaines « excursions touristiques » sont même organisées dans les favelas de Rio de Janeiro. Assez pour avoir l’impression d’être dans un de ces jeux vidéo façon jeux vidéo « GTA« . Bandes armées, trafiquants de drogue et de la misère. Je ne crois pas que ces excursions aident les habitants, les favelas ne sont pas des zoos et l’argent dépensé par les touristes va rarement aux habitants. Les gens qui vivent ici ont besoin de quelque chose d’autre, de considération, d’inspiration, d’espoir, de reconnaissance.

 

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En réalité, les bidonvilles sont de véritables villes avec leur propre organisation, distincte et autonome. De nombreux emplois et activités spécifiques y sont développés. Certains sont illégaux mais beaucoup ne le sont pas. Les bidonvilles sont de plus nécessaires dans de nombreux pays parce qu’ils sont la principale forme d’accès à la vie urbaine pour de nombreux migrants et travailleurs.

Interview avec Fernando

Je ne suis ici qu’un voyageur. Fernando au contraire viens à Paraisópolis plusieurs fois par semaine ici. Il a gentiment accepté de répondre à mes questions et de présenter son travail ici.

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Fernando, vous avez fondé et vous dirigez Urbz Brésil, São Paulo, pourriez-vous nous parler de votre parcours?

J’ai obtenu mon diplôme en architecture en 2002 à l’Université Mackenzie – « Universidade Presbiteriana Mackenzie » à Sao Paulo. Puis j’ai suivi un Master en Architecture plus spécialement dans le contexte historique et social. J’ai étudié en Espagne à l’Escola Tècnica Superior d’Arquitectura de Barcelona (etsab-UPC). J’ai ensuite travaillé pour différents projets architecturaux en Espagne, au Liban et au Brésil. Je me suis concentré principalement sur des projets sociaux. J’ai fondé Urbz Brazil à Sao Paulo en 2012 avec le soutien d’URBZ International, après la participation à l’événement SP Calling – Jornada da Habitação, promu par la municipalité de Sao Paulo(Sehab)

Vous avez dirigé et participé à plusieurs projets ici à Paraisópolis. Est-ce que l’un d’eux vous à particulièrement marqué ?

Le projet qui m’a le plus touché à Paraisópolis était un atelier réalisé en 2013. L’objectif était de construire une maison à Ataide Caetite. Ataide est un habitant de Paraisópolis et membre de l’équipe. Il est maçon et à construit plus de 100 maisons dans cette région. En plus d’Ataide, beaucoup d’habitants, des étudiants en Architecture et toute l’équipe d’Urbz ont travaillé sur ce projet. Ce fut une véritable expérience de collaboration. Pour moi, chaque maison construite par Ataide est un témoignage de son dévouement à l’artisanat de la construction. L’aider à construire sa propre maison était un projet d’échange. Nous avons dû aborder et résoudre des problèmes locaux. Ce projet a réuni des résidents, des professionnels et des étudiants. Tout le monde a pu observer, comprendre, débattre, enseigner et apprendre les uns des autres.

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Quelles sont les particularités de votre travail à Sao Paulo et votre perception de l’architecture?

L’architecture est humaine et sociale. Ce point de vue est le même depuis le jour où j’ai obtenu mon diplôme jusqu’à aujourd’hui. En tant qu’étudiant, lorsque vous sortez du monde de la théorie et des planches à dessin vous rencontrez des problèmes et des solutions que vous n’auriez jamais imaginées. Je pense que les habitants sont les experts de leur quartier. Par conséquent, je crois qu’une approche basée sur l’échange de point de vue et de connaissances apportera de nombreuses solutions dans nos villes pour améliorer la vie des gens. L’architecture moderne est de plus en plus multidisciplinaire et concernée par les problèmes sociaux. Joindre connaissance globale et locale est essentiel. Cela permet le développement de nouveaux modèles.

En ce qui concerne Paraisópolis, Je pense que les habitants doivent être traités avec intelligence et sur un pied d’égalité. The choses ne sont plus comme dans les années 60, lors du début de l’occupation illégale ici, les gens n’avaient pas de connaissance technique. Il est aujourd’hui essentiel d’avoir une vraie collaboration et une participation des locaux dans les projets.

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Les blessures sont profondes pour les habitants des bidonvilles en grande partie à cause du rejet qu’ils subissent. Grace à des personnes comme Andres, Fernando et bien d’autres qui essaient d’aider de manière intelligente, sans violence mais en enseignant, parlant, à travers l’art ou en apprenant des habitants, des améliorations sont perceptibles. Mais il y a toujours de la place pour aider.

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